Ciclonudista 2006 à Zaragoza

Chaque année, au mois de juin pour l'hémisphère nord et de mars pour l'hémisphère sud, a lieu la World Naked Bike Ride, une journée mondiale de manifestations cyclonudistes

L'affiche annonçant l'événement dans les rues de Zaragoza le 10 juin 2006.

 

Pourquoi la nudité dans une manifestation de cyclistes urbains ?

La nudité est ici utilisée pour symboliser la fragilité du cycliste urbain face à l'agression automobile.

Elle est également utilisée comme symbole de libération politique. L'obligation de se vêtir rend obligatoires la honte du corps et du désir sexuel. Une société dans laquelle les citoyens éprouvent de la honte pour leur corps, c'est à dire pour ce qu'ils sont, ainsi que de la honte pour ce qu'ils désirent, c'est à dire le corps, est une société inhibée politiquement, dans laquelle les citoyens ne peuvent exprimer ni ce qu'ils désirent, ni ce qu'ils sont. La dépénalisation de la nudité fait partie de la Constitution Espagnole et comporte une importante dimension politique. Mais 68, qui révolutionna en profondeur la vieille société française sclérosée par son conservatisme, trouva son énergie dans la fantastique libération déclenchée par la légalisation de la contraception et eut pour point de départ des revendications sexuelles. Le premier incident, qui remonte à mars 1967, fut une occupation du bâtiment des filles de l'Université de Nanterre par un groupe de garçons pour protester contre l'interdiction qui leur était faire de s'y rendre. Moins d’un an plus tard, en janvier 1968, l’un des événements qui mirent le feu aux poudres eut lieu au cours de l'inauguration de la piscine du complexe Universitaire de Nanterre. Daniel Cohn-Bendit alors étudiant interpella à cette occasion le ministre de la Jeunesse et des Sports François Missoffe en ces termes : " J'ai lu votre livre blanc sur la jeunesse, on n'y parle pas de sexualité. " Le ministre lui répondit : " Si vous avez des problèmes de ce genre, vous n'avez qu'à plonger dans la piscine pour vous défouler. " La réponse du ministre fut considérée comme une provocation. Quatre mois plus tard, Mai 1968 explosait et le slogan " Faites l'amour pas le guerre " fleurissait sur tous les murs et la France vivait le plus grand bouleversement politique du vingtième siècle après la résistance et la libération de 1944.

La nudité est enfin utilisée pour donner une dimension médiatique de premier plan à l'événement. Les journalistes, très friands de ce genre de spectacle, sont là en grand nombre et donnent à ces manifestations une répercussion qu'elles ne pourraient obtenir d'aucune autre façon. Comme le montrent les dépêches d'agences au bas de cette page, à Mexico par exemple, 20 personnes seulement parviennent à attirer l'attentions des journalistes du monde entier et à faire parfaitement passer leur message.

 

Pourquoi sommes-nous allés en Espagne ?

Une version française de la World Naked Bike Ride a été organisée à Lille en 2006, puis à Paris les années suivantes. Mais la France n'est malheureusement pas l'Espagne et ni le code pénal, ni les mentalités ni le comportement policier n'ont encore permis que les choses se passent bien.

 

Quelques photos

 

Les organisateurs nous proposent, avant le départ, quelques coups de tampon représentant un vélo sur le corps (ici ma fesse gauche).

Nous prenons le départ encore habillés.

Rapidement, nous nous débarrassons de nos vêtements au cours d'une halte dans une cour. Cette façon de procéder permet d'éviter les hésitations avant le départ. Sans signal précis, personne n'ose se déshabiller le premier.

 

C'est moi au centre avec le sac à dos rouge.

 

Nous sommes 400 à défiler nus pendant une heure dans le centre de Zaragoza. Je n'avais jamais participé à une manifestation aussi extraordinaire, tout le monde est radieux.

À l'arrivée, nous écoutons le manifeste lu par l'un des organisateurs.

Lever de vélos final!

 

Deux dépêches d'agences donnent une idée de l'impact médiatique de la nudité

Dépêche AP du dimanche 11 juin 2006, 2h06

Les cyclistes se mettent nus pour être vus et entendus

MEXICO CITY (AP) - Afin d'être vus, une vingtaine de cyclistes ont roulé nus dans les rues de Mexico samedi. Ils entendaient ainsi militer pour le respect des automobilistes et protester contre la culture du "tout-voiture" de cette mégalopole de 20 millions d'habitants.

Portant des slogans comme "Respectez les cyclistes" peints sur leurs corps, les cyclistes dénudés ont attiré l'attention, dans cette ville où il est même rare de voir des cyclistes habillés braver le trafic intense.

"Les conducteurs ne nous respectent pas, c'est pourquoi nous devons mener ce genre d'actions", a déclaré Felipe Fulop, organisateur de la manifestation.

"C'est ce que nous devons faire pour que les conducteurs nous voient, et nous respectent", a déclaré Augustin Mendez, un des participants qui est arrivé seulement "vêtu" d'une paire de tennis et d'un casque. Il a expliqué qu'il avait récemment été frappé par un objet, vraisemblablement une bouteille, jeté par la fenêtre d'une voiture.

Alors que la ville a tracé quelques pistes cyclables au cours des dernières années, elle a construit bien plus de voies rapides pour les voitures.

La plupart des pistes cyclables consistent en de simples bandes peintes sur la chaussée et les trottoirs, et peu de conducteurs les respectent.

Les manifestants ont également insisté sur le fait qu'ils participaient à la lutte contre l'un des principaux problèmes de la ville : la pollution. AP

gb/v553

 

 

Dépêche Reuters du samedi 10 juin 2006, 19h09

La "ciclonudista" fait un tabac en Espagne

MADRID (Reuters) - Dans le plus simple appareil, des centaines de cyclistes ont participé samedi à des courses organisées en Espagne pour protester contre la suprématie des voitures et exiger plus de respect pour les modes de transports écologiques.

Des courses cyclistes "déshabillées" étaient organisées samedi dans plusieurs pays en Europe, en Amérique du Nord et en Amérique du Sud.

En Espagne, des centaines de cyclistes ont participé pour la troisième année consécutive à la "ciclonudista" à Madrid, Barcelone et Pampelune pour protester contre l'augmentation fulgurante du nombre de voitures en Espagne, qui a transformé les centres-villes en territoires hostiles pour les deux-roues.

"Nous nous sentons nus lorsque nous sommes faces aux voitures parce que les gens ne considèrent pas le vélo comme un moyen de transport alternatif", explique Ramon Linaza à Madrid, habillé de son seul casque et de ses chaussures.

Les slogans "une voiture en moins" et "bio-méthanol" écrits sur leur dos, ils ont demandé à ce que leur présence soit prise en compte par les automobilistes et les urbanistes.

Le centre-ville de Madrid ne compte que quelques pistes cyclables et les cyclistes y sont rares. Barcelone en revanche est la ville espagnole qui compte le plus grand nombre de pistes cyclables, selon les militants de la petite reine.

 

Retour :